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mercredi 8 août 2012

Douzième et dernière : Le Petit-Gervais de 62

Il s'est fait attendre, le Petit-Gervais de 62, il a même failli ne pas venir, mais, grâce à ses proches, nous avons enfin eu le plaisir de le voir sur les gradins, lui, Jean-Claude Blanchet, douze ans à l'époque.
Jean-Claude avec les Petit-Gervais de 2012 : Teddy Colas et Jimmy Rivière
Et voilà, devant plus de trois cents personnes, la saison s'est terminée, ce bel été de théâtre a vécu. J'ai eu l'occasion ensuite, avec le pot offert par la mairie, de remercier tous ceux qui ont œuvré pour que le spectacle soit possible, pour que le rêve que je caressais depuis au moins quatre ans devienne réalité, s'inscrive dans les corps et dans les cœurs. Je ne recommence pas ici, mais à tous, je leur adresse à nouveau un fraternel et tendre salut.

Ce n'est pas la fin du blog, pas tout à fait. J'ai encore beaucoup de photos à partager, je continuerai à les égrener petit à petit, des réflexions peut-être à essaimer aussi, de la bernardologie encore, qui sait, on verra bien. Je pars quelques jours vers des espaces de solitude, d'autres paysages. Je penserai à vous, à ceux qui assurent jusqu'au bout le démontage, à ceux qui ont repris le travail ou partent enfin en vacances, à ceux - surtout les jeunes -  qui doivent batailler ferme pour tracer leur vie dans ce monde encore beaucoup trop dur pour les Misérables.

La rétro continue :

Le twist de la scène 20
 
Marius et Eponine

Les Jondrette, ex-Thénardier

L'embuscade

Jean Valjean : "Vous croyez m'impressionner ?"
Les soldats de Javert déboulent
Javert et Thénardier

Melle Lambert fait un esclandre au sujet de Waterloo

Mlle Lambert jouera La Magnon

Un petit sourire à Michel Bonnin, le journaliste.

mercredi 18 juillet 2012

Premier filage et Gavroche

Premier filage partiel : de la scène 1 à la scène 19, un gros morceau donc de la première partie, avec deux scènes de foule, la charrette de Fauchelevent et le tribunal. Le test pour certains enchaînements. Bilan contrasté : l'ensemble se met en place avec une relative aisance, mais plusieurs transitions doivent être resserrées, les installations et désinstallations de mobilier sont parfois hasardeuses, quelques scènes restent très fragiles et certains comédiens sortent du jeu, alors qu'il y a nécessité de jouer avec l'incident s'il se présente, d'enchaîner quoi qu'il se passe.
On termine à 23 h 30, avec l'humidité de la nuit qui trempe nos textes, mais la splendeur des étoiles est comme une promesse d'une plus belle journée encore.

Nos techniciens et bénévoles ont été plus que jamais à l’œuvre : entre autres, le plancher du plateau central est terminé, une fontaine pour Cosette a été édifiée, ainsi qu'un banc pour la scène de Marius et Eponine.

La fontaine de Cosette



Répété aussi l'après-midi les scènes de Gavroche avec les deux groupes, les bruns et les blonds. Sur Gavroche, Hugo écrit ceci :
"Il avait une père et une mère. Mais son père ne songeait pas à lui et sa mère ne l'aimait point. C'était un de ces enfants dignes de pitié entre tous qui ont père et mère et qui sont orphelins.
Cet enfant ne se sentait jamais si bien que dans la rue. Le pavé lui était moins dur que le cœur de sa mère.
Ses parents l'avaient jeté dans la vie d'un coup de pied. Il avait tout bonnement pris sa volée."
 Pierre Péju, dans un très bel essai sur l'enfance, Enfance obscure (Gallimard, 2011), commente ce passage en ces termes.

" Voilà un enfant mal-aimé, oublié, jeté et rejeté. Un enfant battu. De qui s'agit-il ? Encore Gavroche, le fils maudit duu couple Thénardier, dont Victor Hugo,nous l'avons vu, fait l'emblème du peuple, de la ville de Paris, de la révolution, de la liberté. Ce "bout d'enfance" maltraitée qui rôde dans la nuit et les recoins infects, cette "petite grande âme" annoncerait, à elle seule, un avenir émancipateur, car dans Les Misérables comme dans nombre de poèmes hugoliens l'écrasement de l'enfance annonce un renversement imminent et radical. Maltraiter l'enfance est la pire bassesse dont sont capables les humains, l'ultime forfait d'un ordre social injuste avant sa métamorphose. De la même façon, la cruauté initiale de Valjean envers Petit Gervais qu'il effraye et humilie afin de lui voler sa pièce est l'occasion, pour l'ex-forçat brutal, d'un "devenir saint", et même d'une sorte de "devenir femme" puisqu'il réapparaît comme "Monsieur Madeleine", tout de bonté et de sensiblité à la condition prostitutionnelle de la femme pauvre."

samedi 14 juillet 2012

Des nouvelles technologies et du Tour de France

Le spectacle de 1962, je l'ai déjà dit, n'existe plus guère que dans les souvenirs de ceux qui y participèrent. L'association n'a conservé aucune archive : adaptation, affiche, programme  ont disparu. Ivanhoé, en 1966, par sa démesure, a comme profondément rejeté dans l'oubli les spectacles qui le précédèrent. De nombreuses traces demeurent de cet événement, une exposition lui fut même consacrée naguère, ce n'est pas le cas, hélas, des Misérables et des autres réalisations du Livre Vivant avant 1966. Je veux croire que dans quelque grenier, armoire, malle, classeur secret, subsistent des éclats de ce grand moment de théâtre. Je veux croire que des photos ont été prises et qu'elles dorment dans quelque album de famille. Qu'elles ressurgissent au grand jour me plairait infiniment. J'ai déjà signalé aussi que j'avais dépouillé trois mois de NR pour ressusciter une poignée d'articles consacrés au spectacle. Ils sont malheureusement illustrés de photographies de piètre qualité qui ne rendent guère compte de la scénographie de l'époque.

Les nouvelles technologies ont bien sûr changé du tout au tout l'information sur l'événement. Je filme, je photographie, j'enregistre et d'autres aussi le font de leur côté. Et je publie sur ce blog quelques parcelles de ces glanes quotidiennes. On pourrait aussi s'en alarmer et craindre qu'après une pénurie mémorielle vienne le temps de l'excès. C'est un danger que je ne nie pas : j'en vois qui téléchargent en pagaille films et albums musicaux, et je me demande bien quand ils prennent vraiment le temps d'écouter, j'en vois qui collectionnent des centaines d'amis sur Facebook et qui n'échangent que des propos sans saveur, alors qu'un(e) seul(e) ami(e) peut suffire à nourrir une conversation dont on se rappellera toute la vie. Il ne s'agit donc pas de tout capter, de vouloir tout encapsuler dans les disques durs et les clés usb, non, ce qui m'intéresse c'est de fixer des instants, de surprendre les êtres humains dans leur effort, dans la tension de leur énergie vitale. Plus que le produit fini (je ne regarde jamais les vidéos du spectacle achevé), me passionne le processus de travail, avec ses errements, ses redites, ses tentatives pour y voir clair, ses éclairs aussi, ses petits moments de grâce. C'est cela surtout qu'il me plait de redonner sur ce blog.

Bon, je m'étale un peu (c'est journée de relâche, j'en profite), passons aux exemples concrets : tout d'abord cette lecture sur l'Ipad de Nico (eh oui, encore la modernité, tout Hugo sur une tablette numérique), où l'on s'interroge sur une grave question : Jean Valjean a-t-il sciemment volé le Petit-Gervais ou bien ne l'a-t-il pas fait exprès ?



Et le soir, au Foyer, cette répétition de la scène avec les époux Thénardier :



L'été 62, c'était aussi le Tour de France, toujours très populaire dans les campagnes, Anquetil triompha une nouvelle fois sur Poulidor. J'ai retrouvé un film sur You Tube sur le tour de cette année-là. On y voit non seulement les cyclistes sans casque, mais aussi les motocyclistes, le cheveu au vent, et puis la chasse à la cannette où les coureurs dévalisent les cafés, prenant vin, champagne, de la guche quoi, plutôt que de la flotte. Le dopage était déjà monnaie courante : Paul Fournel, qui vient d'écrire un beau livre sur Anquetil, rapporte que celui-ci disait qu'à force de se piquer pour tenir la cadence ses cuisses et ses fesses "ressemblaient à des écumoires".



L'arrivée du Tour de France 1962.