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lundi 1 avril 2013

Cloches promises, cloches dues



Javert sur les traces de Quasimodo... Notre inlassable enquêteur, après avoir rendu compte de l'installation des nouvelles cloches de Notre Dame, bifurque sur Gargantua, Rabelais avant de sonner lui-même les cloches à quelques dignitaires de la Culture, histoire de rendre hommage à l'un des grands du théâtre contemporain, récemment disparu.

"J’avais promis une visite hugolienne à Notre-Dame de Paris : en voici le compte rendu, bien que tout ait été déjà dit, et si bien dit : le fait que la Cathédrale soit en fait le personnage principal du roman de Hugo, la passion nouvelle des romantiques pour le Moyen Age…etc. Quoi de neuf alors : Huit cloches et un bourdon !

Je ne suis pas remonté dans les tours pour la bonne raison que les cloches étaient en bas dans la nef. Il y a bien longtemps que je n’ai pas fait l’escalade, rebuté ces dernières années  non par les marches – non, avec l’âge elles ne deviennent pas de plus en plus nombreuses, du moins pas avec MON âge…- mais par la file de touristes qu’il faut suivre.
En passant, ce que je regrette le plus en la matière, c’est de ne plus pouvoir monter sur la terrasse de la Samaritaine d’où la vue est encore plus belle que des tours de la cathédrale, puisqu’on y voit aussi Notre-Dame. 


De ma première visite d’enfant aux tours de Notre-Dame, je garde le souvenir précis du  mécanisme pour faire fonctionner les cloches et du guide qui faisait légèrement vibrer le bourdon en l’effleurant avec une grosse clef, celle qui devait ouvrir toutes les portes de la cathédrale, peut-être la clef de Quasimodo ?
Quasimodo : combien avait-il de cloches pour lui parler et lui tenir compagnie ? Elle furent jusqu’à 20, mais plus qu’une seule - le bourdon Emmanuel - en 1832 (date de parution du roman de Hugo) après le passage révolutionnaire.

                    Quasi modo geneti infantes : comme des enfants nouveaux nés….
 Ce sont les premiers mots de la liturgie du premier dimanche après Pâques.

Puisque les cloches comme tout être vivant, vivent et meurent, les anciennes datant du 19ème siècle seront remplacées par huit nouvelles et un nouveau bourdon. Le 23 mars prochain elles sonneront pour le Dimanche des Rameaux, seul jour qui remplisse encore de nos jours les églises,… puis certainement pour celui de Pâques et pour celui de Quasi modo… ?

Le 23 mars, huit cloches sonneront donc dans la tour nord de Notre-Dame et deux bourdons dans la tour sud : Emmanuel dernière cloche ancienne et Marie qui l’aura rejoint.
Emmanuel et Marie. Marie et Manu pour les intimes.
Qu' Emmanuel ne m’en veuille pas de rappeler que lors de la fameuse journée d’août 1944 où Paris fut libéré, c’est un Magnificat, donc un  hymne à Marie qui fut célébré à Notre-Dame en présence du général de Gaulle (et non un Te Deum comme souvent dit). Mais c’est lui-même, Emmanuel, qui appela le peuple de Paris, « celui qui croyait au ciel, celui qui n’y croyait pas » à venir en sa cathédrale.

« Celui qui croyait au ciel, celui qui n’y croyait pas » : Les vers, bien sûr, sont d’Aragon mais l’idée, l’interrogation n’est-elle pas hugolienne… je m’aventure encore sur des terrains qui me dépassent… revenons aux cloches de Notre-Dame.
  
En fait, plus proche de Rabelais que de Hugo, je vais revenir à François et à Gargantua voleur de cloches.

Nous l’avions déjà rencontré en même temps que nous croisions Hugo dans le quartier saint Paul.
1535 environ, c’est la date de publication de Gargantua, et de ce fait celle où le géant rabelaisien assis sur les tours de Notre-Dame« compisse aigrement » le peuple de Paris  « tant sot, tant badault et tant inepte de nature » et déroba les grosses cloches « qui estoient en dites tours ». Pour ne pas dévier encore hors de mes possibilités, je laisse à d’autres le soin de dire si ces cloches représentaient effectivement les voix des prêcheurs sorbonicoles  opposés à l’entourage du roi, alors progressiste en matière évangélique.
La seule chose à retenir c’est que Gargantua retira de Notre-Dame deux cloches, c’est- à- dire deux voix sonnantes planant sur tout le peuple de Paris, pour n’en faire que des clochettes au cou de sa jument.
On peut aussi rappeler que le moine François Rabelais, malgré son prénom, qu’il n’avait certes pas choisi, préféra quitter l’ordre des franciscains (saint François), les frères ignorantins, pour rejoindre celui des bénédictins plus versés dans l’étude mais aussi l’action (saint Benoît) ; cette mutation d’ordre à ordre fut autorisée par le pape Paul III lors d’un voyage de Rabelais à Rome. Les moines oisifs et mendiants parasites que l’on retrouve dans l’œuvre d’Alcofribas seraient-ils ces franciscains que Rabelais a fuis ? Nous l’avons vu en visitant d’autres lieux de Paris, il y a tant d’ordres religieux différents…
A l’époque la Compagnie de Jésus venait juste d’être approuvée par le même Paul III (1540). Rabelais connaissait-il ces jésuites et aurait-il pu les rejoindre ? Là encore la question me dépasse et je m’égare…Je retiens juste le rapport, le mélange, le contraste entre bénédictins, franciscains, jésuites… au fait pourquoi parler de çà…l’actualité peut être…

Revenons tout de même à Rabelais et puisque l’origine de tous nos propos est un spectacle ; parlons spectacle pour évoquer le souvenir du « Rabelais » de Jean-Louis Barrault que j’ai eu la chance de voir plusieurs fois au pied de la butte Montmartre (pas bien loin d’où Ignace de Loyola et ses premiers compagnons fondèrent leur Compagnie.)
Nous étions en 1968 et nous rêvions en fait de fonder Thélème…cherchez l’erreur…ou plutôt cherchez où le chemin a dévié…


Dans l’ordre des spectacles qui m’ont le plus marqué, celui-là arrive en premier.
Pour le troisième,  j’hésite encore et laisse leur chance à beaucoup, mais pour le second il n’y a pas d’hésitation c’est « Le Bourgeois Gentilhomme » de Jérôme Savary. La pièce a été montée en 1980 au T.E.P (Théâtre de l’Est Parisien) alors logé dans un cinéma en haut de Ménilmontant et du Père Lachaise, rue Malte-Brun. Depuis le théâtre reconstruit après démolition décidée par Jack Lang (celui qui massacra aussi Chaillot)  se nomme Théâtre de la Colline et le TEP continue sa carrière après quelque conflit entre son directeur Guy Rétoré et la Ministre de la Culture Catherine Trautman un peu plus loin, avenue Gambetta. Il a d’ailleurs changé de nom et se nomme « Le TARMAC ».
A propos de Chaillot, Lang et Trautman, allez lire le « dictionnaire amoureux du théâtre » de Savary.
Revenons encore une fois à l’essentiel : Jérôme Savary par exemple.
Après la révélation que j’avais eue à son Bourgeois Gentilhomme, je n’ai manqué que ses mises en scène d’opéras trop lointains. Par contre je crois avoir vu tout le reste : Super Dupont à l’Odéon, Bye bye show-biz - un des rares spectacles à déglacer la froide Equinoxe de Châteauroux, Cyrano à Mogador avec Weber et un vrai cheval, le Cochon qui voulait maigrir pour lancer les enfants dans la bonne voie, et puis encore les chansons de Trenet à Chaillot, celles de Vian au Dejazet…on arrête là le côté ancien combattant …
Je garde juste pour finir une dédicace de Monsieur Jérôme Savary :

                                 « Vive la vie. »"    

Francis "Javert" Dusserre                                                         

     

mercredi 6 mars 2013

Javert à la Bastoche

On n'arrête pas Javert, alias Francis Dusserre. Dans sa quête parisienne, sur les traces du grand Victor, le fin limier nous invite une nouvelle fois à une belle balade historique et culturelle. Ici, il rebondit sur une question posée par notre autre enquêteur bernardologue, et nous emmène ensuite du côté du canal Saint-Martin et du quartier Saint-Paul, avant de conclure en beauté Place des Vosges.
Encore quelques pages comme ça, et on va pouvoir éditer le guide Javert de la capitale.


JC Moreau me pose une question :  Le couvent des Clarisses de la rue Lourcine aurait-il un rapport avec celui des Bernardines où Jean Valjean poursuivi par Javert se cache ?
Et bien peut-être : Le finaud JCM dans sa traque sur les pas de l’ours n’est pas tombé loin.
Cette rue Lourcine, aujourd’hui en partie rue Broca, commence à quelques pas du parvis de l’église saint Médard d’où Javert se lance à la poursuite de Jean Valjean, mais cette voie file vers le sud alors que le héros hugolien se dirige par la rue Mouffetard vers le nord et, c’est prémonitoire, vers le Panthéon. Sortant de saint Médard, Valjean tourne à droite ; il tournait à gauche et il était dans la rue Lourcine avec au bout le couvent des sœurs Cordelières dont l’ordre, connu aussi sous le nom d’ordre des Pauvres Dames, a été fondé par sainte Claire d’Assise disciple de Francesco (en anglais : Francis) du même lieu. 

Ceci dit, le couvent de la rue Lhomond  occupé lui par des sœurs Bénédictines du saint Sacrement (et avant elles par celles de Sainte Aure) ne fut que le temps d’une première rédaction de l’œuvre d’Hugo le refuge de ses héros car, nous l’avons déjà dit, le bon Victor les envoie par la suite se cacher rue de Picpus, à l’autre bout de Paris dans un couvent dont il invente le nom et la règle, les vraies occupantes du couvent de Picpus étant des Chanoinesses de saint Augustin dites aussi de Notre Dame de Lépante. 

Encore une fois le seul couvent se rattachant au nom de saint Bernard est celui des Bernardins (pas « dines ») situé sur le flanc nord de la Montagne sainte Geneviève. Magnifique lieu que ce couvent et collège qui figure parmi les derniers témoins monumentaux de l’Université de Paris au Moyen Age. 

Une parenthèse : le 12 septembre 2008, Benoît XVI inaugura (presque) le collège enfin rénové après avoir été débarrassé de la caserne de pompiers qui l’avait occupé de nombreuses années...
Petit détail mais bien dans l’actualité: Benoît XVI a sur le blason qu’il a choisi à son avènement, l’Ours de saint Corbinien évangélisateur de la Bavière. « L’ours n’est-il pas l’image de ce que je dois être et de ce que je suis ? Je suis devenu ton mulet et c’est ainsi que je suis tout près de toi pour toujours » (Cardinal J.Ratzinger)  

Décidément j’aime bien ce Benoît, et pas seulement parce qu’il a béni à Rome mon 60ème anniversaire (sans qu’il le sache bien sûr…)
Quelle leçon pour ceux qui s’accrochent à la dépouille de leur charge, beaucoup d’humanité et d’humilité, contrairement à son médiatique prédécesseur, chez ce grand intellectuel qui aime les chats et dont le compagnon félin l’accompagnera certainement  dans sa retraite.
Le chat et l’ours : deux animaux qui auraient pu avoir un destin commun si ce n’était leur taille.

Le chat n’a en fait jamais été réellement domestiqué, c’est un animal familier et non domestiqué qui s’est rapproché de l’homme car il savait qu’un jour celui-ci  finirait bien par inventer les radiateurs ( je ne sais plus à qui j’emprunte cette formule mais je la trouve juste et belle donc je l’adopte). Je parle de l’homme des villes qui a su s’en faire un allié dans sa guerre aux rats, pas de celui de la campagne qui n’aime que son chien et qui n’a qu’une idée c’est de tuer son concurrent à la chasse ou de piéger celui qui ose gratter la terre là où lui plante ses ignobles poireaux.
Eh bien l’ours aurait pu avoir le même destin s’il avait été un peu moins encombrant et si ses coups de pattes n’étaient pas si lourds. Lui qui a partagé les cavernes des premiers hommes aurait pu continuer la cohabitation avec les suivants. Il n’en fut rien, d’où le substitut de l’ours en peluche chez les enfants et peut-être du chat chez l’adulte.          
Après ce détour de l’ours au chat, cessons de dériver et revenons à nos couvents pour constater qu’il n’y a  point en fait de bernardines dans tout ça. 

Il y a eu et il y a encore pourtant tant de congrégations à Paris. Il y a même un secteur du VIème arrondissement que les vieux chauffeurs de taxi appelaient « le Vatican », tant il y avait de couvents et de maisons religieuses.

Victor Hugo habita un temps – celui de Cromwell et d’Hernani  - dans ce secteur, rue Notre Dame des Champs et eut pour voisin au grand bonheur d’Adèle : Sainte-Beuve.
La femme, le mari et l’amant une forme de théâtre qui allait avoir de l’avenir, peut-être même plus que les grandes tragédies hugoliennes.

Faisons maintenant un tour des rues de Paris : rue des…Ursulines, Chanoinesses, Blancs-Manteaux, Carmes, Bernardins, Grands-Augustins, Petits-Pères, Feuillantines (où habita Hugo enfant), Capucines,, Minimes ou encore de Cîteaux … tout un parcours religieux pour arriver au quai des Célestins et près de là à la caserne homonyme.

- « Il paraît qu’il y a plein de canons aux Célestins » vociféraient les commères des Misérables 62 et c’était bien normal car ces « Célestins » étaient et sont toujours dans le quartier de l’Arsenal entre la Bastille et la Seine. Surtout c’est de  cette caserne des Célestins que sortirent un juin 1832 les dragons qui déclenchèrent ou sur qui se déclencha l’émeute des  Misérables.
Aujourd’hui grâce à Hollywood, les Misérables s’affichent devant la caserne occupée de nos jours par la Garde Républicaine.  

Quartier de l’Arsenal ; on y voit peu de touristes, il a pourtant son histoire, et quelques éléments témoins de celle-ci.
Quelques pierres de la Bastille amenées d’un bout à l’autre  du Boulevard Henri IV jusqu’au square Henri Galli. 
La bibliothèque de l’Arsenal dont le bibliothécaire fut un temps Charles Nodier, administrateur totalement incompétent mais animateur de salon littéraire hors pair.
C’est dans son appartement de fonction que Dumas, Lamartine, Vigny, Gautier… et Hugo inventèrent le romantisme français.

L’Arsenal c’est aussi le canal jusqu’à la Bastoche.




Il était né près du canal
Par là…dans l’quartier d’l’Arsenal
Sa maman qu’avait pas d’mari
L’appelait son petit Henri
Mais on l’appelait la Filoche
A la Bastoche…
Et sur la bascule à Charlot,
Il a payé sans dire un mot
A la Roquette un beau matin
Il a fait voir à ceux d’Pantin
Comment savait mourir un broche*
De la Bastoche.

  • Broche : brochet, barbeau, hareng, maquereau : Souteneur quoi !
La Chanson est bien sûr de Bruant et date de 1915 ( été 1915 ?).
Port de l'Arsenal sur le Canal Saint-Martin

Canal Saint Martin sous la colonne de juillet.
La bascule à Charlot, la Veuve, les bois de justice… c’est justement à propos du sujet que Nodier et Hugo se brouillèrent à la suite d’un article du premier contre le célébrissime texte du second, Le dernier jour d’un condamné *. Nodier restait royaliste légitimiste quand Hugo engageait sa marche vers la gloire républicaine et la Troisième République.

*Si vous passez par Paris en ce moment ( ou si le spectacle passe un jour vers vous) ne manquez pas – sur le même sujet – (au théâtre du Lucernaire pour Paris)
La ballade de la geôle de Reading,  poème d’Oscar Wilde dit par Jean-Paul Audrain accompagné par Monica  Molinaro au piano.   
 
Puisque nous en  sommes à deux pas, je vous propose un petit tour, toujours hugolien dans le quartier saint Paul.
Ne nous attardons pas dans le « Village saint Paul » tentative moins qu’à moitié réussie de faire de ce qui était un îlot insalubre, refuge des clochards et de la vermine, un « Village Suisse »* de la rive droite, prenons juste le temps de penser que c’est quelque part par là que mourut Rabelais.
*Ensemble de boutiques d’antiquaires ayant pris la place du Village suisse d’une exposition universelle dont j’ai oublié la date mais qui s’est tenu au Champ de Mars.

Rue des jardins saint Paul
Passons rue des jardins saint Paul.
Nous sommes hors la ville de Philippe Auguste dont la muraille borde le terrain de sport du lycée Charlemagne.

Au bout de ce terrain une fontaine dont le chérubin fait étrangement penser à Victor Hugo avec ce front immense si souvent représenté par les caricaturistes des années 1830-40. 

Juste un peu en arrière de la fontaine, l’église saint Paul-saint Louis veille sur le déjà cité lycée Charlemagne, ex-maison professe des Jésuites qui n’ont, il faut le noter, pas de rue à leur nom dans Paris. Aurait-elle été droite ou tortueuse cette rue ?

Dans l’église, on trouve toujours les deux bénitiers offerts par Hugo à la paroisse où se maria sa fille bien aimée Léopoldine. Justement ces bénitiers -  en fait les deux valves d’un bivalve des caraïbes – ressemblent bougrement au coquillage que l’enfant au visage d’Hugo  porte au dessus de la tête comme pour l’offrir : à qui ? Le mysticisme et le sentiment religieux chez Victor Hugo est un sujet qui me dépasse, je me garderai bien d’essayer de l’analyser, un peu d’ailleurs comme pour l’autre géant ayant fréquenté le quartier : Rabelais. L’un et l’autre sont inclassables et Rabelais peut-être encore plus qu’Hugo, ce qui permet à toutes sortes de gens, penseurs en mal d’appui, de se les approprier. Je dérive, je dérive…
Fontaine rue Charlemagne.

Bénitier offert par Hugo.
Continuons la promenade. Tout le quartier saint Paul est construit sur l’emplacement de l’Hôtel Saint-Pol. Cet ensemble d’Hôtels et Palais n’ayant connu que des événements tragiques : le Bal des ardents, la résidence de l’ignoble Isabeau de Bavière et l’occupation anglaise, tous les souverains qui vinrent ensuite semblent avoir voulu en effacer les traces.
Il n’en reste que le souvenir dans le nom des rues : rue des jardins saint Paul, rue de la Cerisaie –souvenir du verger royal aux 1000 cerisiers, rue Charles V, rue des Lions -  souvenir de la ménagerie royale où il devait bien y avoir aussi des ours…

Le même sort s’acharna sur l’Hôtel des Tournelles où eut lieu le tournoi où Henri II fut mortellement blessé. Les Tournelles furent abandonnées, bientôt détruites et Henri IV fit réaliser sur le terrain la Place Royale, aujourd’hui des Vosges.
Hôtel saint Pol et des Tournelles, l’ensemble aurait pu faire pendant à l’est de Paris à ce que devint au fil du temps le Louvre à l’ouest. Voilà peut-être pourquoi Paris se développa plus majestueusement vers l’ouest laissant l’est aux faubourgs populaires ? Je dérive, je dérive, je… Mais quand même le fait que le Paris populaire, hier émeutier, aujourd’hui tout au plus manifestant, se trouve à l’est, est une réalité que n’explique pas seulement le sens des vents dominants comme le voudraient certains, et le vent de l’histoire …

Terminons quand même notre promenade.
 
Place des Vosges !  Nous revoici avec Hugo dans sa maison au numéro 6.
 
J’ai trois amis très chers

On m’a dit qu’Honoré me ressemblait un peu
En un  mot que j’avais la gueule balzacienne.
J’ai bien souvent rêvé que j’étais son neveu,
Et la chère Eugénie ma cousine germaine.

Ce que j’aurais aimé, c’est aller chez Victor
Place des Vosges, au coin, je connais bien l’adresse,
Lui dire : « Il fait soleil, viens faire un tour dehors
Jean Valjean peut attendre, après tout rien ne presse ! »
Nous aurions tous les deux arpenté pas à pas
Le Boulevard Beaumarchais en songeant qu’Alexandre
Préparait pour ce soir un superbe repas
Et que ces choses-là sont toujours bonnes à prendre.
Quand parmi les vivants je n’aurai plus personne,
Il me reste Honoré, Alexandre et Victor

Bernard Dimey, J’ai trois amis.


Voilà je pense avoir répondu à la question de JC Moreau, pardon si j’ai souvent dérivé mais je pense être remonté à la source, c’est-à-dire arrivé chez Hugo, et si j’ai été un peu long et bavard, c’est dans ma nature.
Autoportrait de Javert chez Hugo.

Vue de la place des Vosges de chez Hugo.
 
Je viens juste de repenser  que j’avais promis à Patrick quelque chose sur les cloches de Notre Dame de Paris. Ce sera pour une autre fois, si le bon maître le permet.    
       

dimanche 30 décembre 2012

Rapport de la mission « Chateaubriand - Rue aux Ours. »

Javert (alias Francis Dusserre, faut-il le rappeler) m'envoie en cette fin d'année son rapport de mission à la rue aux Ours. Une belle évocation, en passant, de sa jeunesse parisienne. Avec la gouaille habituelle dont on ne se lasse pas. Bonne lecture, bonne année à toutes et à tous, et à l'année prochaine !

"Comme prévu je me suis mis dans les pas de Chateaubriand à travers le quartier des Halles.

J’ai commencé le parcours au Petit Pont, traversé la Cité et ce n’est pas sans émotion que je suis arrivé sur la rive droite par le Pont Notre Dame, là où disparut Javert.

Pour rejoindre la rue Aux Ours le plus simple serait de suivre la rue Saint Martin qui recouvre le Cardo romain dont nous avons déjà parlé. Chateaubriand lui s’égare à travers les Halles et emprunte la rue Saint Denis : pourquoi ?


Les deux rues Saint Denis et Saint Martin suivent la même direction vers le nord de Paris, Saint Denis, Senlis et au-delà, mais sont et ont toujours été bien différentes. La rue Saint Denis a toujours été plus commerçante, plus artisanale, plus grouillante, et surtout bien plus active dans un commerce particulier : celui du sexe, même si cette activité ancestrale est présente dans tout le quartier et dans bien d’autres lieux de Paris. Je devrais en fait mettre tout cela au passé car depuis quelques années l’ordre moral, le puritanisme et le féminisme qui sent mauvais la punaise de sacristie, fût-elle laïque, a chassé nos braves putains vers les sinistres boulevards extérieurs oU les tristes bois parisiens. Qu’en était-il à l’époque de Chateaubriand et cela explique-t-il son détour ? En tous cas si lui, n’a rien retrouvé du vieux quartier, moi pas grand chose de celui que j’ai connu il y a 40 ou 50 ans.

Donc l’ambiance est annoncée : Nous allons faire dans la nostalgie des années 60 (1960) celle de la création cluisienne des premiers Misérables.

Au temps des Copains, j’avais une copine qui habitait rue Saint Denis, mais attention pas de confusion, je vous parle d’une habitante ordinaire de cette rue qui vivait là avec ses parents comme tant d’autres gens ( nous avions 13-14 ans), tout un peuple de Paris divers et varié qui cohabitait avec tous les commerçants du quartier qu’ils fussent grossistes en fruits et légumes ou tenanciers de rades. J’ajoute qu’une « copine » des années début 60 n’avait pas grand chose à voir avec les relations filles-garçons de notre XXI siècle. Allons même plus loin et disons franchement qu’à Paris nous étions à l’âge mi-enfant mi-bête, bien moins avancés que nos congénères de la campagne, il devait sans doute nous manquer de voir les lapins et autres animaux se sauter joyeusement dessus dans les cours de ferme… rat des villes à chaque vacance à la campagne j’avais un retard à rattraper sur mes copains rats des champs… Marcel Aymé a très bien expliqué tout ça et en a même fait une des raisons pour laquelle nous, jeunes citadins avons fait « Mai 68 ».

Dernier article de Marcel Aymé daté du 15 octobre 1967. A quoi rêvent les jeunes gens ? (extrait)

« Je sais que des fils de famille de moins de 16 ans commettent le péché de chair et que des filles de banquier sortent le soir…pour forniquer avec des garçons qui sentent mauvais …cette liberté nouvellement conquise n’est une révélation que pour une partie infime (de la jeunesse)…Quant aux paysans, la liberté ne posait pas de question car elle était acquise dès le jeune âge »

Nous nous éloignons de Chateaubriand, revenons-y : de cette ancienne et brève rencontre je ne m’en suis juste souvenu qu’en remontant l’autre jour la rue Saint Denis et il me revient seulement aujourd’hui que nous nous étions rencontrés en « Colo », en Bretagne, et que nous avions visité St Malo, ses remparts et la tombe de Chateaubriand qui avait dû fort peu m’inspirer à l’époque mais du moins sur laquelle je n’avais pas « pissé » comme se vantait de l’avoir fait Jean-Sol Partre un de nos futurs maîtres.

Après cette petite touche personnelle somme toute bien simple et bien pure, revenons à la rue Saint Denis. Donc aujourd’hui plus de prostituées, pas la moindre horizontale. Le cas est général dans le quartier : plus de putains rue des Lombards, aucun tapin et pas l’ombre d’une michetonneuse rue Quincampoix, pas la trace non plus d’une fille de joie rue aux Ours…je n’ai même pas voulu aller vérifier jusqu’à la rue Blondel que Brassens fait si bien rimer avec Bordel s’il y avait encore des gagneuses..



Attention à nouveau : je ne vais pas me faire passer pour un amateur du genre surtout après avoir dit l’état où nous étions, nous puceaux des années 60 : Consommateur : impensable ! mais « mateur » oui ! Il faut bien nous comprendre : à l’époque l’érotisme était rare, pensez qu’une speakerine s’était fait renvoyer de la TV pour avoir montré ses genoux.

Alors voir des Dany Carrel en chair et en tenue de travail c’était pour nous fabuleux . Si je cite cette actrice c’est qu’elle est « Madame Lafleur » dans un de mes films culte : « UN IDIOT A PARIS », film de 1967 qui se déroule entre les Halles, la rue des Vertus (si mal nommée) et l’Allier cher à René Fallet et qui pourrait être le Berry de mes vacances studieuses (voir plus haut). Si vous voulez voir et comprendre un peu les Halles d’avant 1968, voyez ce film plutôt que le trop américain « Irma la douce » et lisez le livre de René Fallet. 


René Fallet : en voilà, un nostalgique du quartier et je vous conseille d’aller voir le bouquin de photos de Martin Monestier dont il a rédigé les textes.

« D’après les amateurs des petites fées de la rue, rien, ni Hambourg, ni Amsterdam, n’égale en vertus suspectes le loisir qu’offrent les rues Saint Denis, des Lombards, de la Grande Truanderie et l’on en « passe », si j’ose dire….Je ne suis pas le seul à avoir pensé que Paris sans ses Halles ne serait plus jamais Paris ».


Plaçons tout de suite le témoignage d’un autre nostalgique : Bernard Dimey ( Il n’y a pas que Madame Bernard qui s’appelle Bernard )

« Je ne reviendrai plus dans le quartier des Halles,
Mes diables sont partis, pour Dieu sait quel enfer…


…Lèvres couleur de sang et du velours aux châsses,
La belle sans merci fumaille en rêvassant.
Au pas lent des années j’étais celui qui passe,…

Et ça tourbillonnait autour des jolies mômes
Maculées de sang frais par les garçons bouchers,
Les camions de lilas s’ouvraient en avalanches
Et tout autour de moi l’air sentait le printemps.


On ne me verra plus dans le quartier des Halles,…


Saint Eustache a gagné, les diables sont partis. »

(Sur le lien, la chanson interprétée par les frères Jacques)


Après ce petit tour entre les halles et la rue Saint Denis (il y aurait tant de choses à dire encore…) tournons à droite rue Etienne Marcel : nous sommes rue aux Ours .



Rue aux Ours : le nom viendrait de « rue aux Oies » car rue aux « oués ». Il y avait selon les étymologistes de cabinet des rôtisseries d’oies dans le secteur et le nom se serait corrompu en « Ours ». L’histoire et le terrain ne peuvent accepter une telle hypothèse : les oies du quartier ne furent jamais des oies blanches et puisqu’elles y rôtissaient dans plusieurs établissements elle devaient être bien embrochées, de là à y laisser leur nom …

Dans ce coin de Paris entre Halles et Sentier c’est bien « Ours » qui rôde.

Rue aux Ours


Nous sommes encore dans ce que les urbains-urbanistes appellent « l’hyper centre » car nous sommes aux pieds de la fortification de Philippe Auguste – (la rue aux Ours actuelle est peut être même à l’emplacement du mur ?) En ce temps quelques gueuses s’abritaient au pied de l’enceinte, déjà hors la ville, dans des cabanes en planches ( Bordes) d’où « Bordels ».

De l’autre côté de la muraille c’était déjà la campagne, il n’y a pas si longtemps c’était même la forêt, les bêtes sauvages et ce roi des animaux d’Europe : l’Ours !

Heures à l'usage d'Amiensfin XVe siècle
Ours muselé et écu armorié au lion
Bibl. Municip. d'ABBEVILLE
Ms 0016, Folio 0010v
(c) IRHT-CNRS

Le christianisme arrive, religion du Moyen - Orient puis de la Méditerranée où règne le lion qui bien sûr mange quelques martyres mais devient le symbole de l’évangéliste Marc. Il faut qu’il détrône l’ours du nord, l’ours païen dont le culte remonte aux temps des cavernes. Je n’irai pas plus loin dans la démonstration, renvoyant à la pièce à conviction constituée par l’ouvrage de Michel PASTOUREAU « L’Ours Histoire d’un roi déchu - Seuil ». Revenons juste au quartier de notre enquête ; à deux pas de la rue aux Ours s’élève depuis le V ème siècle une abbaye Saint Martin des Champs (occupée aujourd’hui par le Conservatoire des Arts et Métiers). Saint Martin évangélisateur des Gaules qui obligea un ours à porter ses bagages pour le punir d’avoir mangé son âne, cet âne Martin qui avait si finement inventé la taille de la vigne (si vous ne connaissez pas l’histoire pensez à me la demander) ce qui fait qu’on appela l’ours aussi, Martin (la même histoire avec Saint Bernard et tout le monde s’appelait Bernard…). Mais cet ours, ce roi déchu il fallait encore le rabaisser, le ridiculiser ; l’ Église en fit donc un glouton un paillard sans cervelle et pire un être lubrique et obsédé sexuel dont la possibilité de se tenir sur les deux pattes arrières lui permettait les pire choses avec les gentes femmes et filles. Encore une fois tout a été écrit par M.Pastoureau, y compris la revanche de l’Ours mais ceci est une autre histoire. Concluons donc ce chapitre en affirmant, avec le voisinage de l’abbaye St Martin des Champs et celui des dames de petite vertu, la présence de l’Ours dans le quartier.


La Rue aux Ours d’aujourd’hui est sans caractère, seul son côté sud (elle est Est-Ouest) est ancien, mais c’est pourtant son côté nord qui est le plus curieux. Il est occupé par un commissariat de police et juste à côté par un établissement dénommé « Le dépôt » (relation avec la police, les grossistes du Sentier, les Halles ?) qui est une des plus grandes boîtes de nuit « gay » d’Europe. Après le départ des filles de joie, une boîte interdite aux filles tout court, les interdits changent mais la société a toujours besoin d’en avoir…


C’est en faisant cette réflexion que je constatais que sur mon ordre de mission l’adresse finale recherchée par Chateaubriand était en fait rue « du Bourg l’Abbé ». Cette rue est toute voisine de celle aux Ours et ne présente architecturalement pas plus d’intérêt : elle a des souvenirs cependant . C’est là que se tenait l’armurerie pillée par les émeutiers de 1832 que nous retrouverons en armes sur la barricade hugolienne, mais c’est surtout au numéro 7 qu’il y avait, il y a peu de temps encore, la Boîte la plus célèbre des années 80-90 : « Les Bains Douches."

En fait Chateaubriand en retard de 200 ans sur Bassompierre, avait rendez vous avec 150 ans d’avance avec un des top models qui firent les grandes heures des « Bains » quand le monde entier y venait y compris Andy Warhol (le peintre de la Cène : suivez un peu le Blog S.V.P). Les époques se bousculent un peu comme dans un spectacle où l’on allait allègrement de 1962 à 2012.

Un mot sur ces Bains. Le lieu était dans sa première destination un décrassoire à prolos comme il y en avait partout dans Paris. J’ai connu la chose quand l’instit rentrant dans la classe qui devait sentir un peu plus fort que d’habitude annonçait : « mercredi : douches ! » je rappelle que le congé c’était le jeudi. Quand jusqu’à 16 ans on s’est baigné sur l’évier d’un coin cuisine et soulagé sur le palier, on comprend mal que certains se plaignent de leur logement… ceci nous emporterait trop loin… quittons le lessivage des sueurs prolétariennes et les transpirations érotisées des danseurs V.I.P.

Mon train est celui de 18h 19, j’ai encore le temps de descendre à pied vers l’Hôtel de Ville. Je ne prends pas le Boulevard de Sébastopol ( Sébasto pour les intimes et même Topol pour les vraiment familiers) mais notre déjà souvent évoquée rue Saint Martin avec un petit crochet par le passage Molière, son théâtre révolutionnaire de 1792 aujourd’hui maison de la poésie, puis la rue Quincampoix « Touchez ma bosse Monseigneur… » l’argent facile et le libertinage comme aux « Bains » Law ou Beigbeder « le Bossu » ou « 99 F » , retour rue Saint Martin, l’emplacement de la barricade Saint Merri modèle de celle des Misérables…il y a encore mille choses dans le coin… entre la rue de Venise, Beaubourg, la rue Transnonain et son massacre, transnonain qui fut trace-nonains mais surtout trousse-nonains avec ses filles retrousseuses de frocs monacal…


Hôtel de Ville : je descends dans le métro ; une affiche annonce un nouveau film : « l ‘Homme qui rit » toujours Victor Hugo, et avec dans le rôle d’Ursus : Gégé Depardieu ! Gégé l’Ours ! Comme dirait une de mes connaissances « Pine d’ours !» La boucle est bouclée !


Pas tout à fait, avant Austerlitz il y a comme déjà dit le quai Saint Bernard et la ménagerie du Jardin des plantes . Je ne vais pas vous reparler des loups de « La traversée de Paris » ( Marcel Aymé) mais d’un autre film lui de 1960, l’histoire avec Francis Blanche d’un ours qui parle mais qui choisit son interlocuteur, la preuve d’une grande sagesse, intitulé tout simplement « l’Ours ».

Tout dernier point : mon train de retour a eu comme assez régulièrement une heure de retard suite à sa rencontre avec un gibier suicidaire. Signe des temps peut être, si les loups ou les ours ne sont pas encore entrés dans Paris, les bêtes sauvages envahissent les voies qui conduisent à nos campagnes qui se dépeuplent….


Javert :

Châteauroux (et non briand), antépénultième nuit de 2012."

vendredi 2 novembre 2012

Sur la piste du 62, rue de Picpus

"Quelques divagations illustrées de documents pour une autre contribution à nos chères études Bernardiennes." C'est ainsi que notre Javert, alias Francis Dusserre, me présente le fruit de son dernier passage parisien. Suivons-le une nouvelle fois, sur la trace de ses souvenirs personnels, dans les rues hantées par les présences fictives ou réelles - la distinction est parfois bien difficile à établir - des grandes et petites histoires de la capitale.


Puisque nous voici relancés sur les pistes bernardiennes, partons pour le 62 rue de Picpus comme nous y invitent Hugo, Modiano et Moreau rien que du beau….monde.

Un souvenir, pas trop lointain : je me souviens d’une plaque commémorative comme il en existe un peu partout dans les villes ayant un minimum d’histoire. Cette plaque, placée quelque part sur le versant sud de la montagne Ste Geneviève, indiquait l’emplacement du couvent où se cachèrent Jean Valjean et Cosette dans Les Misères  avant qu’Hugo ne les envoie se réfugier à Picpus dans Les Misérables . Je voulais donc retrouver cette plaque. A l’occasion d’un reportage sur la cuisine chinoise du XIIIème  et équipé d’une paire d’yeux tout neufs, je me rendis dans le Vème. Je voyais à peu près le parcours à faire autour de l’Institut Curie pour retrouver la fameuse plaque. Rue St Jacques… rue Gay Lussac…rue d’Ulm…rue du Pot de Fer…rue Lhomond…. ??? Rien ! Pas de plaque ? Rues Tournefort, de l’Arbalète, Amyot, de l’Estrapade ! Toujours rien. Place du Panthéon ? Rien !

Angle Rue du Pot de Fer et rue Lhomond

J’aurais pu entrer dans ce bâtiment glacial pour poser la question à Hugo lui-même, mais n’ayant pas comme lui la faculté d’entendre parler les morts, je me dirigeai vers les vivants.
Rue Mouffetard, la librairie : « L’Arbre du Voyageur ». En vitrine, une présentation de toute une série de bouquins de Modiano et sa photo au milieu me prouvent que je suis sur la bonne piste. J’entre, un jeune homme à qui j’expose ma recherche me dit que cela lui évoque effectivement quelque chose mais que pour lui le couvent en question est celui des Bernardins (récemment restauré) mais qui se trouve de l’autre côté de la montagne sainte Geneviève près de la (bien connue) rue de Bièvre. Voyant sans doute que poliment je ne suis pas d’accord avec lui et que le but de ma recherche est bien de ce côté méridional de la montagne, il appelle son père, un monsieur tout aussi sympathique et serviable qui part en recherche dans son arrière boutique. Je n’ose imaginer ce qu’il va chercher là dedans, tant la boutique est elle-même remplie de livres et de publications… va-t-il ressortir avec un texte datant de la fin du XIXème ? Nous sommes en 2012 et il revient avec cet extrait du Web :

29 – 33 rue Lhomond : maison de la communauté Ste Aure dont Hugo fait le refuge de Jean Valjean et de Cosette , en en faisant le couvent des Bernardines et le transposant à une adresse imaginaire 62 rue de Picpus afin de contourner la censure.

C’est le texte qui figurait sur la plaque de mon souvenir. La rue Lhomond est  à 150 m, j’y vais. Le libraire me demande, si j’y rencontre Jean Valjean, de le saluer de sa part « c’est un ami » précise-t-il. Jean Valjean est l’ami de tout le monde, il est si bon. Je dois alors lui avouer qu’il y a peu, moi, j’étais Javert. Nous nous quittons quand même en sympathie, du moins je l’espère, car de mon côté j’en éprouve beaucoup pour ces libraires qui maintiennent un amour des livres dans un quartier devenu bien artificiel.

Heurtoir du séminaire du Sacré-Coeur en face du 29 rue Lhomond.

29 – 33 rue Lhomond, je viens d’y passer il y a 20 minutes, il n’y avait pas de plaque, il n’y en a toujours pas… sur le mur, des traces de plâtre encore frais…la plaque a été enlevée ; qui a voulu me perdre ? Allons ne soyons pas paranoïaque et savourons la redécouverte.
1847 :  Les Misères. Jean Valjean habite Bd de l’Hôpital à une adresse imaginaire. Son addiction, c’est la charité, comme pour certains c’est l’alcool ou pour d’autres, moins nombreux, le travail. Il se fait donc rapidement remarquer comme charitable dans tout le quartier St Médard que de son domicile il rejoint en passant peut- être par la rue Poliveau…( Jambier !!!!!)
C’est déguisé en mendiant au porche de l’église St Médard que Javert le reconnaît et se lance à sa poursuite. St Médard, rue Lhomond, il n’y a que quelques pas à faire dans la rue Mouffetard. A l’angle des rues Lhomond et du Pot de Fer et il ne reste plus qu’à franchir le mur du couvent des bénédictines du St Sacrement qui ont remplacé en ce lieu la communauté de Ste Aure en 1814.

29 - 33 rue Lhomond

1862 : Victor Hugo envoie ses héros se cacher à l’autre bout de Paris au bout du quartier St Antoine (dont nous avons déjà parlé) et ceci en leur faisant courir le risque de se faire prendre au passage du pont d’Austerlitz, de se perdre comme lui se perd un peu puisqu’ alors en exil il ne peut faire le chemin que sur plan. Pourquoi ?
Le couvent de Picpus nous vaut quelques belles pages sur la rudesse voir l’inhumanité de la vie monastique féminine avec ce petit quelque chose d’érotisme sado-masochiste tant apprécié des amateurs de récits de vie de couvent et autres prisons de femmes. Diderot n’est pas loin même si la position d’Hugo semble sensiblement différente.

Picpus, ce quartier faisant  partie antérieurement de la commune de St Mandé fut annexé à Paris en 1860, c’était un endroit plus champêtre qu’urbain avec pour seul monument notable la place du Trône et le couvent de Picpus et surtout son cimetière qui accueillit, si l’on peut dire, les plus de 1300 guillotinés de la place du « Trône renversé » dont les religieuses de Compiègne (qui dialoguèrent à Cluis), André Chénier sans compter la Fayette qui garda sa tête et n’y fut inhumé qu’en 1834 (faute d’être mort plus tôt) et en ajoutant pour finir 80 religieuses et  4 religieux tués par les communards. (bien qu’ il y eut plus de femmes que d’hommes mais avec la grammaire, le masculin  l’emporte ) 

Jardin du 29 - 33 rue Lhomond restauré en 1974. (mais qui doit encore garder les traces de Fauchelevent)

Revenons à la raison d’Hugo d’envoyer Cosette et son protecteur loin de l’endroit où raisonnablement leur histoire devait avoir lieu. Hugo invoque le risque de la censure ?
En 1862 les lois de proscription étaient abolies et Victor aurait pu rentrer en France. Mais « s’il n’en reste qu’un je serai celui là ». Hugo avait-il besoin d’être encore plus victime qu’il ne l’était vraiment ? Pourquoi la censure serait-elle plus virulente à St Médard qu’à Picpus ?
Le Grand Homme, moins poursuivi par la censure et Napoléon III, aurait-il été moins Grand et la troisième République lui aurait-elle ouvert moins grandes les portes du Panthéon (redevenu à l’occasion de ses funérailles mausolée national en 1885) ?

Paris en 1821

Pour finir avec les cimetières en ce jour de Toussaint veille de la fête des morts, rappelons que c’est à peu de distance de Picpus, au cimetière de St Mandé, que Juliette Drouet n’est plus « qu’une cendre glacée ».

Sortie de la messe à St Médard.

Francis Dusserre